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Blog (15)

Nous commençons cet article par saluer et remercier toutes celles et tous ceux qui nous lisent et qui accordent un intérêt à nos écrits à travers leurs réactions. Nous  sommes certains que nous partageons un rêve commun : celui d’une agriculture ivoirienne et africaine résiliente face aux mutations socio-économiques, climatiques et environnementales. Une agriculture, capable d’assurer des conditions de vie décentes aux paysans et à l’ensemble des populations des zones rurales ; tout en garantissant un approvisionnement régulier des différents marchés urbains et des industries (locales et étrangères) avec des produits de bonne qualité répondant aux normes d’une agriculture durable.

Nous invitons toutes celles et tous ceux qui désirent partager leurs idées ou réflexions sur les moyens d’atteindre cet idéal d’agriculture durable avec toutes les lectrices et les lecteurs à travers la plateforme www.pamdagro.ci  à nous les faire parvenir à notre adresse : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. .  

Pour ce trimestre (Juillet-Septembre), nous aborderons les trois principaux sujets qui sont : le genre, les minorités et les problèmes sociaux dans l’agriculture ivoirienne. Notre analyse consistera essentiellement (sans aucune prétention d’épuiser ces sujets) à répondre aux questions suivantes :

-  Genre :

ü  Comment mieux poser la problématique du genre dans l’agriculture ivoirienne de manière à trouver des solutions qui prennent en compte les réalités socio-culturelles des zones rurales et qui permettent de faire évoluer les mentalités et modifier les comportements face à cette problématique ?

ü  Est-ce que la meilleure réponse à la question du genre en milieu rural consiste à donner aux femmes (productrices) des droits civils et coutumiers égaux à ceux des hommes (accès facile et équitable aux terres, succession, etc.) ?

ü  Le niveau de réussite (les avantages, droits et compétences acquis  ou offert à certains hommes) est-il  le niveau idéal de référence qui devrait être comparé à celui acquis ou offert aux femmes  pour que soient résolues les questions du genre ?

 

-  Minorités :

ü  Comment mieux définir les minorités dans le secteur de l’agriculture ivoirienne afin d’identifier les difficultés auxquelles elles sont confrontées et y apporter des solutions pertinentes?

ü  Quels rôles peuvent jouer les minorités dans le développement des principales filières agricoles ?

üComment faire évoluer les mentalités et changer positivement les comportements sur le rôle que peuvent jouer les minorités dans les chaines de valeurs agricoles en Côte d’ivoire de manière à les redynamiser ?

 

-  Problèmes sociaux :

ü  Quels sont les problèmes sociaux qui surviennent de manière transversale et récurrente au sein des principales filières de l’agriculture ivoirienne ?

ü  Quelles pourraient être les solutions idoines ?

Nous serions très heureux de recevoir vos remarques et observations quant à ces questions soulevées et à la manière dont nous pourrions les aborder.

Nous ne saurions conclure cet article sans toutefois faire une brève analyse de l’actualité qui prévaut au sein de la filière cacao au Ghana et en Côte d’ivoire. Nous restons persuadés que la résolution de la problématique de l’amélioration des conditions de vie des producteurs ivoiriens et ghanéens de cacao ne réside pas essentiellement dans la mise en place d’un mécanisme sensé leur garantir un prix minimum bord champ fixe dans un contexte de marché boursier où les intérêts des principaux acteurs divergent ; et où les prix sur ces marchés fluctuent en fonction de l’offre et de la demande mondiale des fèves brutes, des stocks de fèves disponibles  dans les entrepôts des multinationales à travers le monde, de l’évolution de la demande et des habitudes de consommation des produits à base de cacao des consommateurs européens et américains, et de bien d’autres facteurs difficilement maîtrisables.

L’une des premières solutions pour améliorer le niveau de vie des producteurs de cacao selon notre analyse, serait de réduire considérablement les coûts de production des fèves de cacao qui sont de plus en plus élevés pour la majorité des petits producteurs. Selon une étude menée par César Paz Lopez (« Étude sur les coûts de production et de leur relation avec le coût de la vie des producteurs de coopératives partenaires du programme Équité en Côte d’Ivoire, Mai 2017) pour le compte du Programme Equité et également dans le document « Manuel du Planteur de Cacao », (page 81, édition de Février 2015) rédigé par le GIZ, les coûts de productions moyens par hectare pour un petit producteur de cacao appliquant les BPAs sont de l’ordre de 1.198.715 FCFA par hectare soit environ 2.055 US$ par hectare. Ce qui correspond à environ 79% du prix plancher de 2.600 US$, trop élevé pour permettre aux petits producteurs de vivre décemment sans un apport financier additionnel provenant des primes versées par les organismes de certification.

 Bien que le CCC et le COCOBOD aient mis en place des mécanismes de soutien aux producteurs en vue de faire baisser les coûts de production : distribution gratuite de certains intrants agricoles aux producteurs (sacheries et produits phytosanitaires). Force est de constater (pour ceux qui s’intéressent de près aux producteurs de cacao) que ces mécanismes souffrent de nombreuses insuffisances et leurs impacts sont très minimes. Il serait souhaitable que des réflexions soient menées pour la mise en place de mécanismes plus efficaces et plus transparents, qui incluent les producteurs et leurs organisations.

Si l’effort de convergence des actions de ces deux institutions visant à offrir des prix plus rémunérateurs  aux producteurs ivoiriens et ghanéens est à saluer et à encourager ; il demeure que des différences existent dans le fonctionnement de ces institutions et dans leurs environnements macroéconomiques.

Nous ne citerons que quelques différences qui pourraient être des obstacles à l’efficacité de leurs actions communes : systèmes de commercialisation ; financement de  la commercialisation ; taux de conversion des monnaies locales (FCFA et Cedi) entre elles, et entre elles et les devises de cotation sur les marchés boursiers de Londres (livre) et New York (dollar américain), etc.

Les retombées de l’instauration d’un mécanisme de fixation des prix CAF à 2.600 US$ avec un différentiel de subsistance de 400 US$ en cas de baisse des prix en dessous de 2.600 US$, seraient très bénéfiques pour les producteurs des deux pays. Mais les bénéfices seront certainement plus importants pour les producteurs de cacao des autres pays qui ont adopté des systèmes de commercialisation plus libérale.

Nous terminons notre analyse par relever que les paysans sont des entrepreneurs individuels qui ont besoin de véritables structures d’accompagnement qui leur offrent des services de qualité à des coûts acceptables. Les rôles des pouvoirs publics devraient être de créer les conditions pour une mise en place de structures publiques et privées autonomes d’accompagnement capables d’offrir ces services de qualité à moindre coûts aux producteurs dans la gestion quotidienne de leurs entreprises agricoles de cacao et de diverses autres spéculations agricoles afin d’assurer la rentabilité et la durabilité des activités agricoles.  

Steve D.

Nous terminons notre série d’articles sur l’agriculture durable en Côte d’ivoire par un diagnostic succinct de l’agriculture ivoirienne sur la base du concept d’agriculture durable défini par la FAO. Ensuite, nous en dégagerons quelques perspectives pour la mise en œuvre effective de ce concept en Côte d’Ivoire.

Il est important, pour une meilleure conclusion de cette série d’articles sur le concept d’agriculture durable, de résumer les deux précédents articles :

·    Enjeux Agriculture durable vs Enjeux Certification agricole

Les enjeux de l’Agriculture durable sont globaux et orientés en direction de tous les acteurs impliqués dans le développement du secteur de l’agriculture, avec pour finalités une conservation des terres, des eaux et leur transmission sans danger pour l’environnement, par l’utilisation de méthodes et moyens techniquement bien adaptés, économiquement viables et socialement acceptables aux générations futures. Par contre, les enjeux des normes de certification ou programmes de durabilité développés par des ONG et des industriels ou transformateurs, bien que reprenant à leur compte des principes de l’Agriculture durable ont pour finalités de modifier les habitudes, les pratiques agricoles et commerciales des producteurs et des autres acteurs des chaines de valeurs pour les rendre conformes à des normes qui correspondent aux attentes des consommateurs occidentaux en terme de traçabilité des produits fabriqués, de pratiques sociales et culturales saines, de protection de l’environnement. La conformité à ces normes est matérialisée par la délivrance d’un label ou certificat, qui donne droit à la perception d’une prime qui varie selon le label ou le certificat obtenu.

·    Sociétés coopératives, Traitants, Exportateurs et Transformateurs agréés de la filière cacao: Quelle certification agricole leur correspond le mieux?

La filière cacao est la filière pionnière en matière d’implémentation des normes de certification et des programmes de durabilité au sein de l’agriculture ivoirienne. Il est bon de noter que c’est probablement durant la campagne 2004/2005 que nous avons assisté pour la première fois à la mise en œuvre des normes de certification en matière d’agriculture durable avec la certification Commerce Équitable (FLO) de la Coopérative KAVOKIVA de Daloa. Au fil des ans, de nouvelles normes de certification ont été créées tandis que celles qui existaient ont évolué pour répondre aux attentes croissantes des consommateurs occidentaux. On note l’existence d’une corrélation (en termes de correspondance idéale) entre les labels délivrés, les normes ou critères élaborés par les organismes de certification et chaque catégorie d’acteurs. Ainsi, selon notre analyse, les certifications UTZ / RA correspondent le mieux aux industriels, exportateurs et traitants (moins contraignantes) ; tandis que les certifications Commerce équitable (FLO) et Agriculture biologique (BIO) répondent mieux aux besoins des producteurs et de leurs organisations (plus rentables et meilleurs contrôles des certificats).

 

Les perspectives d’une agriculture ivoirienne « durable »

La Côte d’ivoire c’est l’agriculture et cela quel que soit l’angle sous lequel on se place (dixit M. Abdoulaye SAWADOGO, Ministre de l’Agriculture 1968-1977). L’agriculture a de tout temps occupé une place prédominante dans l’économie ivoirienne. Dès l’accession à l’indépendance de la Côte d’Ivoire, sous l’impulsion du premier Président de la République, Félix Houphouët Boigny, l’agriculture bénéficiera de plusieurs mesures d’incitation et plans de développement pour la rendre plus compétitive par rapport à tous les autres secteurs (tertiaires). Ce qui va favoriser un développement spectaculaire de plusieurs cultures dont les cultures de rente (qui fournissent d’importantes ressources financières au budget de l’état) et les cultures vivrières (sensées assurer la sécurité alimentaire des populations). L’économie ivoirienne connaîtra un véritable essor qui sera freiné par la chute des cours mondiaux des principales matières premières et la détérioration des termes de l’échange.

Aujourd’hui, l’agriculture continue d’être l’une des principales sources d’apport en ressources financières au budget de l’état quoique les conditions de vie des principaux acteurs que sont les producteurs se dégradent au fil des ans. Et cela, sans possibilité réelle de bénéficier de subventions capables d’améliorer leur bien-être ou d’autres sources de revenus distinctes de celles issues de la vente de leurs récoltes. Ainsi donc, l’agriculture ivoirienne ne parvient plus à satisfaire les besoins de ceux qui en sont le principal socle (les producteurs). Si nous partons de ce constat et considérant la définition faite de l’agriculture durable par la FAO «…conserver les terres, les eaux et le patrimoine zoogénétique et phytogénétique et utiliser des moyens sans danger pour l’environnement, techniquement bien adaptés, économiquement viables et socialement acceptables », l’agriculture ivoirienne qui ne parvient plus à nourrir « ses hommes » ne remplit pas les critères d’une agriculture durable prescrits par la FAO.

Les deux programmes d’investissements agricoles (PNIA 1 & 2) initiés successivement depuis 2012 par le gouvernement n’ont pas encore produit de résultats satisfaisants pour qualifier l’agriculture ivoirienne de résiliente ou de « durable ». Des solutions pertinentes à des questions beaucoup plus existentielles devraient être apportées en vue de dégager des perspectives pour une agriculture ivoirienne résiliente, « durable ». Ces questions sont les suivantes :

ü Justice et équité fiscale : Comment améliorer le système d’imposition des taxes et droits sur les exportations de matières premières agricoles de manière à réduire leur impact sur les prix bord champ payés aux producteurs ?

ü Système de commercialisation : Comment réduire les intermédiaires sur les chaines de valeurs de commercialisation des produits agricoles de manière à rapprocher les producteurs des usines de transformation ;

ü Genre : Comment favoriser l’accès des femmes aux terres, à la formation et à l’apprentissage pour en faire des leaders dans les communautés rurales ?

ü Minorité : Comment éradiquer le phénomène d’exploitation des enfants ?

ü Reconnaissance sociale : Quel statut professionnel pour les producteurs reconnaissant leurs efforts qui ont bâti cette Côte d’ivoire moderne ?

ü Protection de l’environnement : Quelle politique mettre en place pour mieux organiser le secteur des produits phytosanitaires et réduire considérablement les coûts des intrants agricoles ? Comment inciter à mieux valoriser les déchets inorganiques issues des exploitations agricoles et agroindustrielles ?

 

 

Tableau d’analyse Conformité des principales filières agricoles aux 05 principes de la FAO

Les principes de l’agriculture durable Filière café /cacao Filière coton / anacarde Filière hévéa / palmier à huile Filière Riz Filière vivrier

Principe 1 :

Améliorer l’efficience de l’utilisation des ressources;

Conforme Conforme Conforme Conforme Conforme

Principe 2

Des actions directes pour conserver, protéger et mettre en valeur les ressources naturelles

Conforme Conforme Conforme Conforme Conforme

Principe 3 :

Réussir à protéger les moyens d’existence ruraux, et à améliorer l’équité et le bien-être social

Non conforme Non conforme Non conforme Conforme Non conforme

Principe 4 :

Renforcer la résilience des populations, communautés et écosystèmes, en particulier en matière de changement climatique et de volatilité du marché

Non conforme Non conforme Non conforme Non conforme Non conforme

Principe 5 :

Une bonne gouvernance pour garantir la durabilité des systèmes tant naturels qu’humains

Non conforme Non conforme Non conforme Non conforme Non conforme
Commentaire général Des actions à mener pour arriver à une filière durable Des actions à mener pour arriver à une filière durable Des actions à mener pour arriver à une filière durable Des actions à mener pour arriver à une filière durable Des actions à mener pour arriver à une filière durable

 

Steve D.

Nous poursuivons notre série d’articles sur l’agriculture durable en Côte d’ivoire par une analyse des certifications agricoles présentes dans la filière cacao en établissant une correspondance entre elles et les principaux acteurs de la chaîne de valeur : sociétés coopératives, traitants, sociétés exportatrices (traders) et transformateurs (industriels). Notre analyse se résume en trois (3) principaux points:

  • Premièrement, nous définirons la certification et la labellisation agricole ;
  • Ensuite, nous expliquerons pourquoi notre analyse se porte sur la filière cacao en CI ;
  • Enfin, nous terminerons en  établissant une corrélation entre sociétés coopératives, traitants, exportateurs et usiniers agréés et les certifications agricoles qui leur correspondent le mieux en termes de gains ou de bénéfices.

Comment définirons-nous la certification et la labellisation agricole ?

Nous reconduisons les définitions proposées dans notre précédent article intitulé : Enjeux Agriculture durable vs Enjeux Certification agricole (vous pouvez lire l’article à partir de ce lien).

La certification se définit comme  une procédure destinée à faire valider par un organisme indépendant (organisme de certification), le respect d’un cahier des charges (normes de certification) d'une organisation tierce par une entreprise. C'est un processus d'évaluation de la conformité (ou contrôle des points de conformité) qui aboutit à l'assurance écrite qu'un produit, une organisation ou une personne répond à certaines exigences ou critères de conformité.

La labellisation fait partie de la procédure de certification agricole. Elle est l’étape finale ou définitive de vérification de la conformité d’une entité (personne physique ou morale) à une norme de certification. Un label de certification est décerné à l’entité certifiée par le vérificateur. Le label est une marque ou un symbole qui indique la conformité d’une entreprise à une norme (de certification). Il est un outil de communication au sein de la chaîne de valeur entre vendeur et acheteur (ou consommateur final).

 

Pourquoi notre analyse se focalise-t-elle sur la filière cacao en CI ?

Il est reconnu depuis plusieurs décennies le rôle prépondérant qu’occupe le cacao dans l’économie ivoirienne en raison de l’importance des recettes issues de ses exportations en produits bruts ou transformés. Nonobstant ce fait, notre analyse se focalise sur cette filière eu égard à son passé de filière pionnière dans l’implémentation des normes et/ou critères de certifications ; et de l’importance des acteurs impliqués dans les différentes étapes d’obtention des certifications agricoles qui sont plus nombreux dans la filière cacao que dans l’ensemble de toutes les autres filières réunies.

 

Quelle certification agricole correspond le mieux aux sociétés coopératives, traitants agréés, exportateurs et usiniers agréés ?

Pour répondre à cette question, nous nous baserons sur les principes et les normes qui ont fondé la naissance des certifications agricoles présentes dans la filière cacao ivoirienne. Ainsi, nous avons :

  • Les certifications UTZ / RAIN FOREST ALLIANCE (RA)

Ces deux certifications sont orientées vers le respect de normes sociales et environnementales contenues dans les législations nationales et internationales. Elles ont pour mérite de prôner le respect de critères obligatoires en matière sociale (droit social et du travail) et de protection de l’environnement à tous les niveaux des chaînes de valeurs production – commercialisation – transformation par les différents acteurs. Ces critères sont plus souvent contraignants et parfois difficilement compréhensibles par les producteurs la plupart illettrés qui éprouvent des difficultés à respecter ces normes d’une saison à une autre. Par contre, ces normes paraissent moins contraignantes pour les négociants et les transformateurs qui les combinent plus aisément avec leur politique RSE. Ces deux certifications sont plus appréciées par les industriels et les traders. Les sociétés coopératives sont parfois contraintes par ces derniers (qui sont leurs clients naturels) de remplir correctement toutes les diligences pour l’obtention de ces deux labels pour bénéficier de contrats de livraisons certifiées « UTZ/RA » bien plus avantageux que les livraisons de cacao conventionnel. Ces deux certifications correspondent aux négociants et transformateurs agréés de la filière cacao en Côte d’ivoire qui les ont totalement adoptés. Elles ont annoncé leur fusion en une seule certification UTZ/RA à partir du 1er janvier 2019.

 

  • La certification « Fair Trade » ou Commerce équitable

« Fair » (mot anglais) signifie équité ou juste et « Trade » (mot anglais) signifie commerce. Traduit littéralement « Fair Trade » pourrait signifier rendre le commerce juste ou équitable. Cette certification a pour idéologie de rendre les échanges commerciaux entre les petits producteurs et les grands distributeurs, négociants et transformateurs de matières premières agricoles, plus justes et plus équitables. Elle a pour mérite de prôner le respect de critères obligatoires en matière de relations commerciales (équitables) entre les sociétés coopératives de producteurs et les négociants et transformateurs avec lesquels elles sont en relation d’affaires. Le commerce équitable va plus loin en imposant un prix minimum garanti aux producteurs indépendant du marché boursier. Les négociants et transformateurs de cacao ont obligation de ne pas payer en-dessous de ce prix minimum garanti (2000 $/tonne) aux sociétés coopératives de producteurs même lorsque les conditions du marché boursier ne le permettent pas.

Cette certification n’est pas très appréciée par les négociants et transformateurs de cacao qui la jugent très contraignante. De plus, elle restreint les immixtions ou interventions de ces derniers dans l’obtention du label par les sociétés coopératives. Elle est plus appréciée par les sociétés coopératives, à qui elle procure certaines prérogatives telles que l’obligation par les négociants et transformateurs de leur payer une prime fixe de 200 $/tonne.

 

  • La certification Agriculture Biologique ou Bio

Cette certification est essentiellement fondée sur le respect obligatoire de certaines normes de protection de l’environnement dans les pratiques culturales. Elle ne prend en compte ni le respect des normes sociales, ni le respect d’un prix minimum garanti. Très peu répandue en Côte d’ivoire, l’on retrouve néanmoins plusieurs de ses normes dans les certifications UTZ/RA et Commerce équitable.

En conclusion, on pourrait dire (au regard de ce qui précède) que les certifications UTZ/RA correspondent le mieux aux négociants et transformateurs de la filière cacao ivoirienne ; tandis que la certification Commerce équitable répond le mieux au besoin de garantir une richesse plus stable aux sociétés coopératives. Mais le dire ainsi, ce serait faire une analyse trop simpliste de la réalité des faits. Il est important de relever que l’obtention d’une certification qu’elle soit UTZ/RA, Commerce équitable ou Bio ne garantit pas forcément à son détenteur la disponibilité d’un contrat de livraisons de produits certifiés ou d’un marché immédiatement. Ceci n’est que la première étape. Il faut ensuite aller chercher des marchés ou des contrats de livraisons qui sont le plus souvent en Europe et en Amérique. Et en la matière, les sociétés coopératives (même détentrices d’un agrément d’exportation) ne sont pas aussi outillées que les négociants et les transformateurs agréés qui bénéficient de réseaux plus importants.

À quand le véritable coup de pouce du Conseil Café-Cacao pour inverser cette donne ?

 

Steve D.

Nous débuterons notre série d’articles sur le concept d’Agriculture Durable en Côte d’ivoire par une brève analyse des enjeux de l’agriculture durable et de ceux de la certification agricole.

Il importe pour commencer de définir les notions d’Agriculture durable et de Certification / Labellisation agricole, pour mieux en préciser les enjeux dans le contexte de l’agriculture ivoirienne.

 

Comment définir l'Agriculture durable?

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO, 1988) définit  l’Agriculture durable en ces termes:  « Aménager et conserver les ressources naturelles et orienter les changements technologiques de manière à satisfaire les besoins des générations actuelles et futures. Dans le secteur de l’agriculture, il s’agit de conserver les terres, les eaux et le patrimoine zoogénétique et phytogénétique et d’utiliser des moyens sans danger pour l’environnement, techniquement bien adaptés, économiquement viables et socialement acceptables ». Selon la FAO, l’agriculture durable devrait correspondre au respect des cinq principes suivants:

  • Principe 1: Améliorer l'efficience de l'utilisation des ressources est une condition cruciale de la durabilité de l'agriculture ;
  • Principe 2: La durabilité exige des actions directes pour conserver, protéger et mettre en valeur les ressources naturelles ;
  • Principe 3: Une agriculture qui ne réussit pas à protéger les moyens d’existence ruraux, et à améliorer l’équité et le bien-être social n’est pas une agriculture durable ;
  • Principe 4: L’agriculture durable doit renforcer la résilience des populations, communautés et écosystèmes, en particulier en matière de changement climatique et de volatilité du marché ;
  • Principe 5: Une bonne gouvernance est essentielle pour garantir la durabilité des systèmes tant naturels qu'humains.

 

Comment définir la Certification agricole ?

Selon le dictionnaire en ligne Wikipédia, la certification peut être définie comme  une procédure destinée à faire valider par un organisme indépendant que nous appellerons organisme de certification, le respect d’un cahier des charges (normes de certification) d'une organisation tierce par une entreprise. C'est un processus d'évaluation de la conformité (ou contrôle des points de conformité) qui aboutit à l'assurance écrite qu'un produit, une organisation ou une personne répond à certaines exigences.

Dans le secteur de l’agriculture, il existe différents types de normes de certification mettant l’accent sur les exigences environnementales, économiques ou sociales. Les trois principales normes de certification les plus répandues dans le secteur agricole ivoirien sont les suivantes:

  • Certification Rain Forest Alliance (RA) / UTZ: fusion des deux normes de certification depuis Janvier 2018, met principalement l’accent sur l’impact environnemental des méthodes de culture, la protection des sols, le bien-être des communautés et l’amélioration des conditions de travail.
  • Commerce Equitable (Fairtrade Labelling Organizations International - FLO) met principalement l’accent sur un meilleur accès au marché et de meilleures conditions de commercialisation pour les petits producteurs, l’amélioration des conditions de travail, de vie sociale et l’environnement des communautés.
  • Certification Biologique (BIO): met principalement l'accent sur les pratiques culturales biologiques, minimisant ou excluant l'usage de tout produit agrochimique ou de ressources non renouvelables.

La labellisation est quant à elle une étape de la procédure de certification. Elle est l’étape finale ou définitive de vérification de la conformité d’une entreprise à une norme de certification. Un label de certification est décerné à l’entité certifiée par le vérificateur. Le label est une marque ou un symbole qui indique que la conformité d’une entreprise à une norme de certification a été vérifiée. Il est un outil de communication au sein de la chaine de valeur entre vendeur et acheteur (consommateur final).

 

Enjeux Agriculture durable vs Enjeux Certification agricole en Côte d'ivoire

Les enjeux de l’agriculture durable en Côte d’ivoire sont bien plus importants que ceux des certifications agricoles qui ne concernent pour le moment que les principales cultures de rente: cacao, café, anacarde, coton, huile de palme. Là où l’agriculture durable concerne toutes les cultures agricoles et implique une participation active des pouvoirs publics, des entreprises privées et des producteurs. Elle requiert un changement ou modification des principes et règles étatiques dans le secteur, des comportements et des pratiques habituelles afin de garantir la transmission d’un héritage (des terres) à la génération future qui soit socialement, économiquement viable et qui respecte l’environnement.

Les enjeux des normes de certification et des programmes dits de « durabilité » développés par des ONG et des multinationales sont multiples, et ont pour principal objectif de satisfaire à des exigences de plusieurs catégories de consommateurs occidentaux. Entre autres enjeux, nous pouvons citer: garantir la transparence, la crédibilité et la fiabilité de la procédure de certification ; le respect des normes de certification par les détenteurs des certificats ou labels pendant la période de validité ; la traçabilité des produits et le paiement des primes de certifications aux producteurs conformément aux stipulations de la norme de certification. L’un des enjeux majeurs de la certification agricole, selon nous, serait d’amener les producteurs et leurs organisations à s’approprier les exigences des normes de certification dont les avantages sont bien plus importants que les primes de certification octroyées actuellement. Ceci, par une plus grande et meilleure sensibilisation de toutes les organisations et non pas seulement celles qui souscrivent à leurs normes ; ainsi que la réduction des coûts de certification pour les rendre accessibles à de très petites organisations de producteurs. Il s’agit in fine de faire basculer l’intérêt pour le respect des exigences des normes de certification du côté des industriels et des négociants (qui y voient plutôt des opportunités de marchés et d’accroissement de leurs marges bénéficiaires) vers les producteurs et leurs organisations qui devraient logiquement en tirer le plus grand bénéfice.

Nous ne saurions mieux conclure cet article sans relater une anecdote que nous a confié le Directeur d'une modeste coopérative de Zagné (TaÏ, ouest ivoirien) au cours d'une de nos séances de sensibilisation sur les normes de l'agriculture durable. Il nous a raconté ceci: «Une organisation de l’ONU (PAM) devait procéder à une distribution de vivres à des populations de Taï qui avaient été très affectées par la crise dans cette partie du pays. Mais le convoi de vivres a été bloqué au niveau de la localité de Zagné à cause du piteux état de la route. Les responsables du convoi ont sollicité les habitants des deux villages environnants pour réparer ce tronçon de la route contre la promesse d’un sac de riz par ouvrier. Les villageois, nombreux, ont réparé la route et ont obtenu chacun le sac de riz promis. Le convoi a pu donc se rendre à Taï pour distribuer les vivres aux populations sinistrées et est ensuite retourné sur Abidjan. Les  habitants des deux villages ont consommé les sacs de riz avec beaucoup de plaisir jusqu’au dernier grain. Mais en réalité, ils ont bénéficié de bien plus que de sacs de riz. Ils ont bénéficié d’une route réhabilité qui est un véritable outil de développement pour leur région. La prime de certification représente le sac de riz remis aux villageois (producteurs) pour avoir réhabilité la route (vergers agricoles) ; et la route réhabilité représente la conformité aux exigences des normes de certification qui conduit à un développement agricole harmonieux et durable.».

 

Que restera-t-il de la certification agricole lorsque «l’appât »que constitue la prime de certification n’existera plus (pour diverses raisons: crise économique, baisse du pouvoir d’achats des consommateurs occidentaux, désastres environnementaux, etc.) ? La vulgarisation des exigences des normes de certification qui correspondent pour la plupart aux principes de l’agriculture durable telle que définie par la FAO, devrait se poursuivre auprès de tous les producteurs et de leurs organisations.

Steve D.

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